Narratives

periferias 1 | le Paradigme de la Puissance

La Poésie Maloqueirista

Caco Pontes | Lino Teixeira | Giovani Baffô | Thiago Calle | Inayara Samuel | Pedro Tostes | Bárbaro Rosa | Aline Binns | Caco Pontes | Paloma Kliss | Leo de Abreu

| Brésil |

mai 2018

traduit par Clara Dos Santos | Suelen Ramos | Marion Mercader

Le collectif de Poesia Maloqueirista est né en 2002, à partir de la rencontre des poètes qui distribuaient leurs recueils dans les rues de São Paulo. Depuis, cela a créé un dialogue populaire, une identité mambembe1Troupe de théâtre ambulante, pauvre et amatrice, composée d’acteurs amateurs qui parcourent les campagnes de l’intérieur du pays. et nomade, allant où le peuple se trouve. Cette relation avec les territoires populaires et le transite entre la périphérie et le centre sont marqués non seulement par la stratégie d’action du collectif mais s’expriment aussi dans l’origine populaire et la trajectoire de ses membres. En résistant continuellement  aux moyens de communication modèles, le groupe a vécu le début de la diffusion dans l’ère digitale, avec l’apparition des blogs et des réseaux sociaux, il a commencé à optimiser de tels éléments comme outils, mais sans abandonner la partie imprimée, qui a engendré une diffusion de l’éditorial à grande échelle à travers son propre nom, responsable de dizaines de publications. Sa principale caractéristique a toujours été la position artistique diversifiée et controversée qui maintient la poésie comme base de langage dans la recherche de l’ouverture du champs de la création et dans l’échange d’expériences, à travers d’interventions, de performances, de soirées de poésie, d’ateliers, de publications et d’événements pluridisciplinaires, et d’autres activités qui ne met pas seulement en lumière la dimension poétique et esthétique mais aussi la dimension territoriale et politique. Dans ce contexte, il est possible de relever quelques unes des diverses activités réalisées par le groupe tout au long de son existence qui illustrent bien cette caractéristique : le cycle Outras Margens, le partenariat avec la Secretaria Municipal de Cultura de SP2Préfecture de São Paulo. ; il reçoit le trophée du 3ème Prix Cooperifa, avec la reconnaissance d’initiatives culturelles qui promeuvent l’accès de la culture aux classes socialement défavorisées ; la résidence artistique dans le Morro do Querosene3Quartier de São Paulo et débute un partenariat avec l’Espaço dos Parlapatões4Théâtre brésilien localisé à São Paulo., pour la réalisation de la Récita Maloqueirista5Soirée de poésie organisé par le collectif Poesia Maloqueirista., la soirée de poésie à scène ouverte pour l’expression artistique et les lancements de livres ou autres publications d’auteurs ; lance le projet Malocália6C’est l’interaction de la poésie parlée avec la musique, l’expression corporelle, les arts visuelles et la performance, dans un jeu fluide et spontané, proche des improvisations mambembe où les poètes, les musiciens et les artistes plasticiens se succèdent dans un dialogue direct avec le public. au SESC Pompéia, en mélangeant la poésie de performance avec la musique, les arts du corps et visuels etc… Avec la réalisation de la Revista Não Funciona, publiée de 2004 à 2009, ils ont gagné du terrain au Brésil, en publiant plus de 500 auteurs-artistes, en texte et image. Il obtient aussi des traductions en catalan et en espagnol dans un projet réalisé par de chercheurs à Barcelone. Dans l’édition de lancement de la Revista Periferias ont été sélectionné un ensemble hétérogène et pluriel qui apporte un panorama de multiplicité de langages et de thèmes qui entretiennent la Poesia Maloqueirista. Nous verrons ici que la dimension poétique est capable de déceler, au moyen de la recherche et de la préoccupation esthétique du groupe, la toile complexe de sujets et de territoires qui composent la dynamique de la ville. Sont présents dans cette publication Aline Bins, Bárbaro Rosa, Giovani Baffô, Caco Pontes, Inayara Samuel, Leo de Abreu, Paloma Kliss et Pedro Tostes.


Giovani Baffô

chez
le petit bambin de rue
le dernier bercé
éteint la lune.

...

favela

ces ruelles étroites
et sans horizon
c’est ce qui nous pousse
à contempler les étoiles

...

le plus grand malheur du soleil est de ne pouvoir sortir la nuit


Thiago Calle
vaisseau mère

les chiens meurent
et mes enfants ne me rendent pas visite
je vais d’un point final à un autre
une épopée vers les deux directions
je fais des crises d’épilepsie
épiques dans les transports
sentant les arômes du passé
je ferme les yeux pour
des contractions musculaires
morsures sur la langue
je me réveille seule
dans le bus bondé
et mes enfants ne sont pas avec moi

en vain, j’appelle
ils ne répondent pas
mes enfants ont des enfants et je ne les ai pas
en mon être

not any more

je suis une ovni en transite
interurbain
réclamant l’attention

vaisseau mère flottant
à l’ombre de la scène urbaine

ils jouent avec nous
le temps
et les casseroles sur le feu

augure

un poème
comme aujourd’hui

où il veut
quand il saura
comme il est

une chose
qui ressemble à aujourd’hui

comme aujourd’hui le veut
comme si il avait été aujourd’hui

ce qu’il est aujourd’hui


Inayara Samuel

pure asphyxie

j’aimerais ne plus écrire de poème
urbain
Mais il y a sur mes mains
une pollution démesurée
un regard embué
mes cendres sur l’évier
J’aimerais poétiser
mers, brises
et passants
qui me croiseraient
tout doucement…
(je tousse, il me faut une cigarette)
Seigneur !
Maintenant, juste pour l’instant présent
pour mon cœur :

un petit poème en bord de mer.


Pedro Tostes

pé èss

un creux
sans cavité

c’est comme un accord
sans accord

un poète
sans l’amour
n’est pas poète
il est fabulateur

(mais les mots se propagent avec la
même ardeur)

ps : ce poème serait-il un objet d’art
ou serait-ce alors l’art ?


Bárbaro Rosa

Elle arrive et passe
Comme si c’était mon âme
Je la calme avec des fleurs
Et je l’aime par moment
Mes désires vont et viennent
Meurent comme les tournesols
Si seulement elle avait été mon âme :
Pour que mes tourments
Soient autres


Aline Binns

mots

je n’en veux pas beaucoup
et je n’en veux pas qu’un peu
je ne veux pas de définition
et je ne veux même pas de phrase
je veux seulement marcher avec soif
et m’écouter silencieusement
lorsque je traverse
cette vie tumultueuse
cette inquiétude
cette quête folle de tout
pour le rien dont j’ai besoi


Caco Pontes
la citadelle du chaos

J’ai vu des adultes et des voitures
sur des viaducs dessinés
dans les soleils de la ville
grise-bleutée

Et fatigués
dans une fatigue morte
un air d’embarras
avec la facilité

Et aussi le prestige
causant l’effondrement
même dans les meilleures

bonnes actions

Le temps et le breuvage
après, l’ivresse
et quand
on ne veut pas fuir
à travers le viaduc
et ses dessins


Paloma Kliss

(…)

toi en Chine
avec tes murailles

Moi - en mouvement -
sur les autoroutes en saluant…

dans la brume des rêves perdus
les yeux occultés de tout goût
qui saignent irrémédiablement

à ce moment là, déjà fatigués
d’un accord tacite -

on renonce l’un à l’autre


Leo de Abreu

Depuis petit

Je franchis les barrières
des murs de ciment
ciment pour boucher le trou
de la couche d’ozone

une dérencontre
au Largo da Batata tout seul
tout seul

Gris est la couleur de mes cheveux
noir est la couleur qui prédomine
et c'est ça la cité oú j’habite

depuis peti


 

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