v.01  n.01  2018
Le Paradigme de la Puissance
v.01  n.01  2018
Le Paradigme de la Puissance
Narratives
La « Vie » en Prison

Scott McMillan *

Traduction: Audrey Brodu

Après quasiment 14 années de détention, un compte-rendu de mes expériences en tant que prisonnier peut produire une réponse encore plus large, une réponse plus ennuyante que la question « Comment c’est d’être là-bas ? » suscite traditionnellement. C’est certainement la question que qu’on nous pose le plus, posée d’une certaine manière par tous les membres de ma famille proche, mes amis et même de parfaits étrangers. Les nombreuses réponses que j’ai pu donner au cours des années sont cependant moins immuables. Étant donné l’homogénéité et la conformité générale associée au concept des prisons, la prison est fondamentale une expérience très personnelle. Avec çà en tête, je reconnais que cette description est la meilleure interprétation que je peux donner de ma propre expérience et ce que cela signifie pour moi en ce moment. Je reconnais également qu’à certains moments je peux faire des généralisations et chercher l’universalité , je ne parle au nom de personne en aucun cas, même pas en Écosse, ou autre part dans le monde.

Selon mon expérience, la réponse à cette question très fréquente n’est pas une riposte, litanie de clichés salaces concernant les conditions de vie, les sanitaires, la culture de bande organisée, la violence interpersonnelle et l’abus de drogue que la plupart des gens semblent croire et veulent confirmer.
Ce n’est pas non plus la ‘vie’ confortable, facile que la même majorité, a encouragé avec les tabloids et les politiciens habiles avec les médias cherchant à exploiter l’indignation publique, qui simultanément assume et ridiculise.
La Prison est loin d’être le discours surexcité, caricaturé qui précède n’importe quelle construction.
Encore plus loin d’être l’espace privilégié de réhabilitation et de soutien que la position officielle du Servie Pénitencier Écossais « Déverrouiller le potentiel, Transformer des vies » revendique officiellement maintenant.

D’après mon expérience, ce que la prison réellement est, c’est un monument pour le potentiel gaspillé. Un piège pour souhaiter se débarrasser de ta vie. Ce que c’est réellement, c’est une étape pour la colère et la peur de la société. Une pantomime du bien contre le mal.Ce que c’est réellement, c’est un dépotoir. Un système de management des déchets pour les sociétés les plus vulnérables et les plus dangereuses – sans être mutuellement exclusives. C’est une barrière entre ‘nous’ et ‘eux’ qui se manifeste. Plus perméable pour certains que d’autres. C’est un lieu fondamentalement en lutte contre lui-même.Soin et surveillance. Rétribution et réhabilitation. Ségrégation et réintégration. Responsabilisation et infantilisation.

Qu’importe ce que je pense, ou ce que tu penses que la prison est, ou que cela devrait être, çà reste la plus sévère punition que nous en tant que société libre au Royaume-Uni puissions infliger.

Pour moi, à maintenant 31 ans, c’est aussi un endroit où j’ai passé quasiment la moitié de ma vie, et, plus inquiétant encore, la partie de ma vie dont je me souviens le plus. C’était en 2003 quand je suis allé pour la première fois en prison. J’ai été accusé de meurtre et tentative de meurtre. J’avais 16 ans. J’étais seul. Et j’étais terrifié. Mais pour çà je finirai par arriver à comprendre où sont toutes les mauvaises raisons. J’étais inquiet des choses immédiates, comme les agressions et la prédation. Le statut et la politique. J’étais inquiet d’utiliser le téléphone cette nuit là. D’avoir une visite durant la semaine. Toutes les inquiétudes légitimes, malgré le fait qu’elles étaient très concentrées sur l’ici et le maintenant.

Mais ce n’est pas ce qu’est la prison, ou certainement pas pour moi de toute façon. La Prison est un long jeux. Maintenant, je ne vais pas faire comme si je n’avais pas vu de violence, ou que cela n’est pas venu dans mon chemin deux ou trois fois, mais je pourrais dire la même chose sur ma vie d’avant la détention. Donc éventuellement, après que le pire a été confronté, et que j’ai trouvé mon chemin, ce qui m’a vraiment frappé c’était la logique qu’aussi dur j’essayais de rester connecter à l’extérieur et à ce que j’étais, cela m’échappait.

Peu à peu, alors que les relations étaient usées et que je me suis séparé de ma partenaire; alors que les lettres se sont taries et que les coups de fil et les visites sont devenus moins régulières ; jusqu’à ce que tout ce que je faisais était passer du temps avec quelques amis ici, et d’autres amis là-bas ; faire le point avec la famille maintenant et alors se tenir au courant, j’ai réalisé que toutes les choses dont j’avais peur, et dont j’étais sûr, n’avaient pas réellement d’importance dorénavant. Le monde auquel j’ai pensé une fois auquel j’étais central, a continué de tourner durant mon absence, et tout le monde à l’intérieur a continué avec leurs vies. J’ai écrit une fois sur l’emprisonnement à long terme qui est comme une chance de voir comment serait le monde si j’étais mort. Je le réitère ici étant donné qu’il me reste encore à trouver une analogie plus appropriée. Étant donné que tous mes absolus noirs et blancs sont devenus gris pâles d’inquiétudes, j’ai réalisé que j’avais quelque chose bien plus important à m’inquiéter.

Qui suis-je ? Maintenant que toutes les choses que j’utilisais pour me définir sont soit parties soit déconnectées ? Où est-ce que je vais à partir d’ici ?

Et çà pour moi, c’est ce qui vraiment gâche la plupart des gens. Car ils ne vont nulle part. Ils restent juste où ils étaient et s’étirent si finement qu’à la fin il ne reste rien excepté la performance d’une mémoire délavée. Ils ne trouvent pas de moyen de grandir. D’éprouver le sentiment que leur vie va quelque part. Ils assimilent seulement l’implacable, stagnant, rien dans lequel ils sont. C’est pourquoi les drogues sont une perspective si séduisante en prison. Un moyen pour faire fondre les murs. Transformer nulle part en n’importe où. Se sentir justement comme ce que tu havais l’habitude de ressentir. Vital. Pertinent. Réel.

Malheureusement, cette échappée a tendance à se transformer en abysse dont la plupart ne trouve pas le chemin du retour. Favorisée par une large partie de la politique pénitentiaire qui en effet criminalise un problème de santé publique comme l’addiction dans la mesure que certains passent plus de temps seulement à utiliser les drogues en détention que d’autres le font pour les vendre en grosse quantité dans les rues.

Alors ce que les drogues ne réclament pas, le fonctionnement interne, la politique et les hiérarchies le feront. C’est l’un des premiers conseils qu’un vétéran expérimenté accordera à quiconque au début d’une peine relativement longue ‘Oublie ce qu’il se passe dehors. Concentre toi sur la prison. Le temps va passer’. Ce qui, à bien des égards, n’est pas mauvais. Juste accepter très tôt que ce que j’ai décrit va éventuellement arriver, et activement prendre les devants. Malheureusement, beaucoup font çà en s’immerger eux-mêmes complètement dans le très petit, étroit monde de la prison. Se définissant eux-mêmes par çà et rien d’autre. Désespéré de s’intégrer. Se sentir en sécurité. Être quelqu’un. Inquiet d’être ‘l’un des soldat’ un ‘vrai escroc ’ avec un ‘bon nom en prison’. Tout achevé à travers la démonstration de la virilité, l’anti-autoritarisme, l’impératif oppositionnel que la prison oriente et perpétue. Un projet basique pour l’autodestruction. NED1 sous médocs. Médicaments. Efficacement et systématiquement (re)produit par le parc pénitencier. Chanceux de sortir. Susceptible d’y retourner.

Heureusement, j’ai pris la première décision sensible de ma vie très tôt en détention, rejeter mes vices et rester éloigné des drogues; jouer le jeu; tirer le meilleur parti des opportunités que je pouvais; et sortir aussi vite que possible. J’allais consacrer mon temps à ‘des quêtes pleines de sens’ comme l’éducation, l’entrainement vocal et la formation physique. J’allais m’enrichir, et me donner une raison d’être. J’allais utiliser ce temps pour mener ma vie quelque part. Et avec çà en tête, j’ai ressenti le besoin de parler de la pertinence, ou non, des clichés. Par exemple, ma vie jusqu’à ce que je sois en prison, rétrospectivement, se lit comme un ensemble de circonstances très déterministes, que j’évoquerai ici, seulement pour pointer du doigt l’ironie que personne alors n’a vu çà arriver. Pourtant, malgré mon ‘manuel d’atterrissage’ en détention, j’ai suivi le chemin opposé. Je savais depuis la première seconde où je suis arrivé que je n’allais jamais ‘m’intégrer’, et qu’après quasiment 14 ans, je ne m’y intègre toujours pas. Je ne sais toujours pas ce que ce qui a fait tilt depuis le début non plus, aussi, précoce que j’étais, je n’avais certainement pas l’expérience alors de le voir comme je le fais maintenant. Je suppose que j’ai juste accepté très tôt que j’étais foutu. Le poids de ce qui était contre moi était insurmontable, et autant que je le détestais, je savais que je devais y travailler. Je devais faire avec et utiliser le système, essayer et en prendre autant que je pouvais autant que cela allait en prendre de moi. Essayer de me rebeller contre c’était juste me consolider encore plus profond dans la chose que je détestais. Adhérer au plan, c’était les autoriser à prendre encore plus de moi, et avoir très peu en retour.

Alors, j’ai commencé à aller aux cours d’éducation. Anglais, IT, mathématiques. Toutes les choses que j’aurai dû avoir à l’école. Mais contrairement à l’école, je voulais vraiment le faire cette fois-ci, et quand j’étais entrain d’étudier, je n’avais pas l’impression d’être en prison. De là, je me suis inscrit dans ma première Université Ouverte à distance de cours de formation, et doucement mais sûrement, j’ai obtenu un diplôme mention bien en criminologie et politiques sociales. Finalement, aux derniers stades de ma sentence, moi et deux codétenus dans la même position, avons fondés un collectif de recherche unique avec plusieurs académiques et étudiants en doctorat de différentes universités à travers l’Écosse. Nous critiquons, avançons et produisons ensemble des recherches sur la justice criminelle et la réforme pénale, en tant que collègues et amis. À travers ce groupe remarquable, j’ai été présenté aux bonnes personnes au bon moment, et grâce à leur engagement et leur croyance, je suis maintenant, dans ce que j’espère être la dernière année de ma détention, dans la seule prison ouverte d’Écosse, entreprenant un diplôme de Master à temps plein dans une grande université. Pour parler de mon expérience de l’éducation depuis mon arrivée en prison elle a été incroyablement positive et transformative c’est un bel euphémisme comme il est possible de le faire. Ce qui est parti de quelque chose dans lequel je m’étais engagé seulement car je la voyais comme culturellement précieuse pour ceux éventuellement qui choisiraient ma libération en liberté conditionnelle, à la fin a changé ma vision du monde, de moi même et de mon potentiel.

À l’intérieur du même cadre, j’ai endossé de nombreux rôles fournissant du soutien, de plaidoirie et d’encadrement dans les centres d’éducation et d’induction de la prison, et finalement j’ai continué à devenir un auditeur qualifié Samaritain, aidant ceux qui luttent pour faire face aux pressions de la détention. Ces rôles de soutien étaient l’une des quelques avenues dans la prison où je pouvais me sentir bien au sujet de ce que je faisais. J’ai trouvé un taux considérable de catharsis, aussi bien que des récompenses, travaillant à travers mes propres problèmes en aidant les autres à travers les leurs. Cela m’a aussi montré de façon saisissante, justement à quel point la majorité de ceux qui viennent en prison sont endommagés, particulièrement en terme de santé mentale, de problème de drogue et d’addiction. La plupart des gens arrivent en prison d’une situation de multiple désavantages, avec plus de 40 % venant des 20 % des régions les plus défavorisées d’Écosse. Avec autant de cordes sensibles personnes, et autant de croisement avec mes études académiques, j’entreprends maintenant un diplôme en santé mentale soutien par les pairs et suivi psychologique.

En outre, j’ai commencé une formation professionnelle chez les coiffeurs de la prison quelques années auparavant. Un ami m’a conseillé de l’intégrer étant donné que j’avais déjà développé les compétences de base à travers un essai et une erreur au fil des ans avec un codétenu qui ne faisait pas confiance aux ‘ weegies’2 travaillant comme barbier dans le hall – les divisions en Écosse se concentrent sur la classe et le code postal plutôt que la race comme la plupart des populations carcérales des prisons de l’est. J’étais chanceux que la prison dans laquelle j’étais à l’époque était la seule en Écosse offrant des formations et certifications City & Guilds3 , donc j’ai foncé. Il s’est avéré que j’avais le coup de main, et j’aimais vraiment le travail. Cela a fini par conduire à un stage communautaire de 11 mois chez un coiffeur, et une offre d’embauche à plein temps à ma libération..

Donc, pour en revenir aux clichés. Un diplôme ; un commerce; un intervenant utilisant mon expérience pour m’aider et aider les autres. Je suppose maintenant cela serait le bon moment pour mentionner que j’ai écrit un livre également. Pour autant que les clichés sur la prison continuent, je pense que j’ai fait à peu prés tout, excepté jouer de la guitare (malgré le fait que j’ai déjà essayé une fois). Mais la réalité, et selon mon opinion, le danger est que ces supposés clichés ne sont pas vraiment des clichés du tout. En effet, ils sont la plupart du temps jamais achevé. Ils sont assez rares individuellement. Plus étranges mais encore multiples. Jusqu’à présent les gens qui ne sont pas en prison voient la prison comme une opportunité ou même un avantage pour atteindre toutes les choses qu’ils aimeraient faire dans la vie s’ils avaient le temps ‘c’est facile quand tu es enfermé avec rien d’autre à faire’. Çà et la perception que les prisonniers ‘obtiennent tout ce qu’ils veulent à l’intérieur [prison]’.

Bien que, la prison n’est pas un environnement propice à l’épanouissement personnel et la réalisation. C’est un lieu marqué par des limites pratiques, culturelles et mentales. L’éducation, par exemple, est extrêmement limitée dans les prisons, particulièrement au niveau supérieur et universitaire. Sur une population de 7 500 prisonniers en Écosse, seulement 60 entreprennent des cours à une Université Ouverte, toutefois cela a été récemment célébré par le Service national de probation comme une massive absorption au sein de l’éducation supérieure. Beaucoup d’autres postulent pour ce niveau d’études, mais n’y ont pas accès étant donné que c’est tout l’espace qui est disponible. L’Université Ouverte est aussi seulement disponible à temps partiel, signifiant que seulement ceux avec au moins 6 ans de détention pourrait finir un diplôme complet. À condition bien sûr que chaque module à année successive est approuvé par la commission d’éducation supérieure, mais ce n’est jamais garanti, même pas quand l’année précédente a été un succès.

La ligne du parti est qu’il n’y juste pas assez d’argent dans la marmite pour offrir à plus de personnes une éducations supérieure, même si, l’Écosse aide chacun ses citoyens à obtenir leur premier diplôme gratuitement. Un fait qui semble avoir échappé à la majorité des employés de la prison et de l’opinion publique en général, qui malgré cela régulièrement expriment leur aversion pour nous, le peu que nous sommes avec des phrases de ce genre ‘Je dois payer pour que mes enfants aillent à l’université, et toi [prisonnier] tu l’obtiens gratuitement’ ce qui n’est simplement pas le cas.

Contrairement aux discours négatifs populaires que l’on peut lire dans la presse tabloïd ou entendre de façon précipitée sur les tribunes politiques, l’éducation supérieure et les opportunités professionnelles en prison sont beaucoup moins accessibles en détention que dans la communauté. Ce qui est facilement disponible, est l’éducation concentrée sur le niveau primaire avec des qualifications basses et des compétences basiques. Maintenant, il y a une indéniable corrélation entre ceux avec un niveau d’instruction pauvre et un parcours professionnel, et ceux en détention, qu’il faut absolument évoquer. Mais ce que la prison fait est concentré sur ces besoins au point de fixer une barre d’aspiration basse débilante ,qui pour moi, nourrit déjà la culture fortement négative en prison concernant l’éducation et le développement des compétences.

Pour ceux qui arrivent à atteindre un haut niveau d’enseignement malgré tout çà, le message a tendance à être le suivant, que ce soit notre incapacité à exercer une fonction dans la communauté sans le soutien et la structure offerte en prison, ou par la discrimination active engendrée par la vérification des dossiers criminels, nos réalisations ne seront pas viables dans le « monde réel ». Cela a été résumé d’une façon claire et bette pour moi quand un professeur m’a une fois confié son choc et son dégoût après avoir assisté à une réunion du Conseil de l’Éducation Supérieur, où les directeurs de chaque prison qui dispose d’un centre d’apprentissage en Écosse se réunissent pour décider quels candidats auront droit à étudier l’année prochaine. Là-bas elle a entendu un directeur dire « À quoi çà sert de leur donner des diplômes de toute façon ? Qu’est-ce qu’ils vont en faire ? ». Même si je décide d’interpréter cela dans des termes mélioratifs en pensant au sort des personnes qui ont un dossier criminel dans des sociétés occidentales modernes comme le Royaume-Uni, où la législation voit souvent beaucoup de personnes sérieusement entravées à accéder au marché du travel, si ce n’est pas écarté totalement. Qu’est ce que cela dit sur le fait de donner l’accès à l’éducation et la formation professionnelle en détention, ou les perspectives que cela peut conduire ? Comme moi, la plupart des personnes en détention ont eu de mauvaises expériences à l’école, et donc la perspective de retourner dans n’importe quelle l’école semble absurde.

Pour ceux qui éventuellement trouvent le courage d’essayer de nouveau, pour ensuite être activement infantilisé et construit comme un déficit , et alors, après toute leur persévérance, que l’on te dise que tout ce qu’ils vont faire sera dévalué et rejeté , tous ces discours négatifs sont réaffirmés simplement et reproduits constamment. Le Service Pénitencier d’Écosse durant sa présentation à l’Université Strathclyde en 2018 de « L’Emploi et l’Employabilité dans les prisons écossaises – Oeuvrons pour un changement » a récemment reconnu ses défaillances dans le fait que 30 000 de ces 45 0000 réceptions par an partent avec aucun travail vers lequel se tourner et sans aucun soutien en place, et s’est engagé à chercher et promouvoir l’emploi et la formation. Mais même si la prison tient compte de cela, en affirmant souhaitant fournir des qualifications solides et de la formation avec une certaine assurance, que fait-on au sujet de « l’extérieur » au sein même de la société, où « la lettre cramoisie » du dossier criminel nous empêche ou nous exclu de mettre cela en pratique ?

En tant que tel nous pouvons prendre en compte un autre aspect clés d’une culture d’ensemble négative contre la réalisation éducationnelle et professionnelle en prison, englobant non seulement notre incapacité, mais notre statut indigne dans la société. Cela a une influence particulièrement accablante sur le discours quotidien de mes codétenus. L’idée même que des activités positives nous mènerons n’importe où dans la vie; que nous aurons un bon travail ; ou que nous serons acceptés ou pris au sérieux, reste un point de dérision et de doute. Moi même, directement jusqu’en 2015 avant mon implication avec les recherches collectives, j’ai parlé des mes accomplissements académiques et des opportunités potentielles dans la vie exclusivement en terme de compétences transférables et de travail éthique. Si j’étais chanceux cela allait être ce qui allait me permettre d’obtenir un travail pour mettre en rayon dans un supermarché ou éponger les sols à MacDonald’s. Je n’ai certainement pas imaginé que j’allais faire un vrai travail académique avec.

C’est une attitude générale défaitiste en détention ‘À quoi çà sert ? Personne ne va nous donner une chance’ Une perspective pessimiste, mais non fondée, considérant le discours sociétal plus large concernant les prisonniers, et particulièrement dans les médias, dont l’influence impacte le processus de décision derrière toute potentielle initiative en prison. Nous sommes, peut être apte, une population calomniée et indigne, dont le soin, les droits, et les opportunités sont une source de constante conflit et colère publique. Nous sommes constamment décrites comme la gangrène, le fléau et les monstres d’une société décente, donc pourquoi ils voudraient notre retour ? Mais si nous croyons que le reste de la société ne veut pas de nous, et que nous ne faisons en faite en plus partie d’elle, ce que l’on perçoit non pas pour nous, ou activement contre nous, nous le dissocions et le rejetons à son tour. Concernant la stigmatisation, une population systématiquement honteuse et rejetée est peu probable à favoriser la motivation à aspirer ou atteindre quoi que ce soit de positif. Ce qui est un problème majeur pour la société où plus de 95 % de la population en prison sera éventuellement libérée.

Voilà ce que je veux dire quand je décris un système en lutte contre lui-même. Le premier objectif de la prison est la punition après tout. C’est l’endroit où la société contient et contrôle ceux réputés comme un risque pour l’opinion publique en nous privant de nos droits et de nos libertés. Avec cette construction, ma position d’identité comme prisonnier est déviant et ‘autre’. Je suis indigne et en besoin de punition. La prison, selon mon point de vue, a cette part d’elle même de découvert. Bien que, son second objectif est de maintenant fournir le soin et la réhabilitation, s’adressant aux multiples problèmes et désavantages confrontés par la majorité de sa population pour qu’ils retournent dans la société, vivent une vie avec du sens, libre du crime, des vies normales (quoi que çà veuille dire).
Mais son premier rôle et tout ce que cela implique à propos de la nature de sa population rend impossible de fournir un soin de qualité. Que ce soit le contremaître essayant de promouvoir notre identité civique tandis qu’il nous rappelle que nous n’avons pas de droit en tant que travailleur ; l’infirmière qui est supposée être séparée du service de la prison et pour une question de confidentialité et de confiance, travaille main dans la main avec l’équipe de sécurité pour interroger et discipliner ; le gestionnaire des risques qui essaye de nous réintégrer à la société en nous encadrant en opposition à elle ; ou le temps additionnel de prison qui est rendu à travers des sanctions qui vise les comportements les plus répandus à l’intérieur de notre population, comme la santé mentale, l’addiction, l’impulsivité ect. que la prison affirme soutenir.

Qu’importe ce que la prison essaye d’être, cela reste ce que c’est.

Qui plus est, ma position d’identité à l’intérieur la rhétorique du ‘soin’ est égale, dévaluée comme un déficit proto-citoyen en besoin de supervision et d’intervention. Je ne sais pas ce qui est le mieux pour moi, ou comment naviguer dans le monde réel.

Cela ne veut pas dire que des choses positives n’ont pas lieu en prison. Ou que les gens ne font pas de choix positifs à l’intérieur. J’aimerai penser çà, au moins, mes expériences en sont la preuve. Je peux aussi dire en me basant sur ces expériences que la prison a changé au cours des années. Pour ceux qui arrivent à traverser tout çà et s’approchent du retour à la maison afin de réaliser les rêves que tu as entretenu pour supporter la prison, une autre forme d’intrusion et de surveillance arrive. L’équipe de la prison et de la justice communautaire deviennent très impliqués dans l’efficacité de tes relations, et un rapport d’évaluation relatif au travail social est conduit, non seulement au sujet de ta relation, mais au sujet de ton partenaire, son domicile, et sa famille, surtout si elle a des enfants. Si c’est le cas, les travailleurs sociaux seront affectés pour parler aux enfants et à la famille et la conseillère d’orientation des enfants sera avertie que le compagnon de leur mère est en prison, contre le souhait des parents et sans leur consentement. Alors que toute cette intrusion perturbante est en cours, les messages qui sont constamment relayés par les professionnels sont les mêmes que ceux de tout le monde.

C’est que c’est nécessaire de « les » protéger et de garantit leur sécurité face à « moi » car je suis un risque avéré pour la société, et que leur aptitude en tant que parent est contestable après avoir invité un délinquant violent dans la sphère familiale. Ceux qui entretiennent une bonne relation avec leur travailleur social communautaire peuvent voir les choses plus adoucies, avec des choses du genre « nous ne sommes pas préoccupés par ce prisonnier c’est juste le protocole et nous devons le faire pour que tout le monde soit en sécurité ». On accepte des affirmations comme çà pour apaiser et nous distancer de la nature intrusive de ce processus et les implications derrière, mais cela s’écorne néanmoins. Et maintenant que la relation que tu as a été approuvée, c’est alors l’objet d’une surveillance constante comme un facteur de risque ou un facteur de stabilité, et les hauts et bas qui en découlent associaient à n’importe quelle relation « normale », deviennent soudainement une jauge de la capacité qu’à le prisonnier de fonctionner en communauté.

Finalement, une importante partie de l’expérience de la prison que je pense est soit totalement négligée en faveur de quelque chose de plus excitant, ou simplement complètement ignoré comme trivial, c’est l’impact de l’autoritarisme mesquin et de la bureaucratie. Mais c’est ce qu’est la prison, une organisation large, totalisante, néo-libérale et extrêmement prudente désignait pour dominer et contrôler ceux qu’elle a à sa charge. C’est un endroit où un groupe de personne ont un pouvoir absolu envers un autre. Et tandis que je ne dénie pas qu’il y a eu et y aura toujours probablement des cas d’abus très sérieux et des fautes de la part des employés, selon mon expérience, ils sont rares. Ce qui est constant et universel cependant, c’est les petites choses. La micro-violence, les petites démonstrations et les abus de pouvoir pour nous rappeler de quelque chose dont nous avons jamais oublié dans un premier temps. C’est ce qu’est la prison pour moi. C’est être fouillé à nu car tu es arrivé cinq minutes en retard pour le travail. C’est que l’on t’administre un test de dépistage de drogue car tu es brouillé avec une grippe. C’est le fait que ta famille voyage durant 50 miles pour te rendre une visite et entendre qu’ils ne peuvent pas entrer car, malgré le fait qu’ils aient leur carte d’identité et sont connus par les surveillant, ils n’ont pas une facture des services publiques de moins de trois mois avec eux. On leur dit alors qu’ils ne peuvent pas donner les objets autorisés qu’ils ont apporté pour toi étant donné que le formulaire que tu as rempli et remis tu ne retrouves plus maintenant. C’est le fait que l’on te donne seulement la moitié des disques du box de DVD que tu as fait envoyer car tu as dépassé ta limite de 30 disques.

C’est une nouvelle règle qui stipules que tu ne peux plus avoir le mug en céramique que tu as eu durant 7 ans car quelqu’un dans le bureau a décidé que cela pouvait être utilisé comme arme. C’est le fait de ne pas être autorisé à garder ta propre couette ou ton oreiller car quelqu’un dans ce même bureau a décidé qu’ils sont un risque d’incendie. C’est le fait écrire sur un rapport disciplinaire que tu as 4 serviettes de toilette dans ta cellule au lieu de 2. C’est le fait d’être fouillé car on te suspecte de faire de la ‘gnôle’ car tu as ‘ trop de fruits’. C’est d’avoir ton droit de visite écourté pour avoir tenu les mains de ton partenaire. C’est être arrêté et questionné pour une seule raison car les employés ont décidé que aujourd’hui serait le jour pour le faire. C’est toutes ces choses mesquines, mineures, et l’impact potentiel qu’ils ont sur nos vies, notre progression, la liberté conditionnelle, tout le temps, jour après jour, semaine, mois et année après année, qui aggravent la situation et te font sombrer. Choses qui rendraient à juste titre toute personne normale folle, mais nous ne pouvons pas nous permettre de réagir à çà.

Tout çà alors que l’on est collectivement considéré comme des risques et dirigés par des praticiens que nous n’avons pas rencontrés, dans des réunions où nous ne sommes pas autorisés à entrer, être jugés sur des informations dont nous avons pas le droit de consultation, et par conséquent nous ne pouvons pas complètement poser des questions ou vérifier. Rechercher les rapports des ministres du gouvernement, des gérants des salles, des surveillants, des psychologues, des agences des services de santé mentale, des toxicologues et des travailleurs sociaux en détention et au sein de la communauté.Avoir nos relations personnelles avec nos partenaires, notre famille et nos amis validaient comme ‘stabilité’. Être bloqué des années sur des listes d’attentes pour une infraction contre les programmes d’intervention dont l’efficacité est infondée. Ou regarder les mois qui passent en attendant des espaces dans des établissements spécialisés où l’on doit être testé avant d’être considéré apte à sortir.

Regarder chaque pierre d’achoppement impacter la prochaine date critique. Qu’on te fasse ressentir qu’importe le temps que cela nous prend, même si cela dépasse notre sentence de base, cela n’est pas une conséquence importante. Devoir constamment donner une preuve d’une journée de progression et de développement personnel, car cela ne suffit pas de juste se comporter bien et de s’exécuter. Avoir chaque aspect significatif de ta vie, et de soi, réduit à une évaluation des risques pour déterminer la menace que tu poses à la société. C’est devoir apprendre les règles du jeux ou perpétuellement revenir doucement à la case de départ.

J’ai fait un choix dès le début connaitre mon ennemi, apprendre son langage, prouver mes capacités. Et tandis que cela m’a bien servi pour passer entre les mails du filet , tristement, j’ai pris l’habitude que même ma famille et mes amis durant les périodes de centre d’éducation partent, je trouve çà difficile de développer les bonnes choses dans la vie dans un contexte de réduction des risques, de construire un capital, de me donner une structure dont j’ai besoin pour me mettre à l’écart des problèmes.

Donc, qu’est-ce que je peux vraiment dire de plus sur la prison ? Après tout ce temps, et toute une partie de ma vie, c’est une chose trop grande à quantifier. Je suis frustré rien qu’à l’idée d’essayer. En ce moment, je pense à tout ce que j’ai dit ici et je réfléchis, ‘Ce n’est pas assez.J’ai zappé trop de choses. Je n’ai pas expliqué les choses de la bonne façon. L’ensemble parait incohérent et en désaccord avec lui-même. La résistance à travers la conformité, la déconnection, la réinvention et la reconnection. Un modèle diabolisé. Un échec couronné de succès. Un autre réintégré. Mon compte est le contraire du système que je décris. En ajoutant encore plus de confusion, je leur donne une place au suspens aux derniers stades de ma condamnation, vivre la moitié de ma vie en détention et l’autre dehors, et être confronté à tous les problèmes de la communauté parallèlement. Peut-être je devrais revenir en arrière et remplir çà avec toutes les statistiques que j’utilise dans les recherches que je produis ? Expliquez les tenants et aboutissants de la condamnation, la progression et la liberté conditionnelle en Écosse ? Consacrer un paragraphe seulement sur les dynamiques de la réintégration dans la communauté ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que les prisons, et les prisonniers, sont bien plus que les gros titres que tu lis dans les journaux, ou les histoires que tu entends aux journaux télévisés. Nous sommes plus que des statistiques qui remplissent les documents du gouvernement et les journaux académiques.

Nous sommes plus que les monstres, ou les échecs de la société. Nos vies, nos problèmes, nos espoirs, nos rêves, nos aspirations et nos peurs, ne sont pas différents des vôtres. Nous sommes des êtres humains. Imparfaits. Dangereux dans certains cas. Mais des êtres humains tous les mêmes. Et la prison est un endroit intrinsèquement préjudiciable pour les gens. Pourtant la société continue de trouver des moyens d’envoyer de plus en plus de personnes comme nous là-bas de plus en plus longtemps. Certains sont envoyés pour être punis. La sécurité. La réhabilitation. Le soutien. Certains sont envoyés pour être oubliés. D’autres juste car la société ne sait pas quoi faire d’autre. Peu importe la raison, je suis confiant pour dire que la prison ne nous rendra pas meilleure, ou ne rendra pas notre société plus sûre, cela va simplement nous blesser tous, d’une façon ou d’une autre. Chaque bonne chose que nous achevons, sera fait seulement en dépit du mécontentement inflexible, vide que nous sommes forcés d’accepter puisque c’est ‘la vie’.

En fin de compte, il y a quelque chose d’intrinsèquement toxique au sujet de la prison, non seulement comme lieux mais comme un concept, qui dénigre et dévalue tout ce qu’il touche, au point que je vois exactement pourquoi tant de mes pairs maintiennent encore que j’ai passé mon temps de la mauvaise façon, et que je devrais les imites. La doxa de la monsterisation, de l’indignité, de l’incapacité, et de l’illégitimité est si forte, que même en me tenant ici avec un diplôme ; un commerce ; une relation de longue durée ; un foyer où aller ; des offres d’emploi ; et prêt à obtenir ma libération sur parole dès la première opportunité, avoir avancé avec tant de succès à travers le système carcéral sans issue; pour beaucoup de prisonnier je suis encore un naif, « délinquant » plein d’illusions qui va devoir lutter dans le monde réel; et dont le succès jusqu’ici est prédit pour être un silencieux, gentil fiston et non pas un « vrai escroc » comme eux. Alors à tout ceux qui font de leur mieux pour résister à la toxicité de la prison de telle manière que vous n’y restez pas plus longtemps que vous devriez y rester , je vous tire mon chapeau. Car des briques et du mortier, de la politique et la pratique, de la société et la culture, la chance est réellement contre nous, à chaque pas effectué.

La Prison est nécessairement diabolique, ne serait-ce que pour çà c’est là que je sais je mérite d’être. J’ai fait des choses extraordinaires durant le temps que j’ai passé là-bas, peut-être les choses les plus importantes que je ferai dans ma vie, et que je ne pourrai jamais faire autre part. Mais c’est à cause de çà, que je peux dire sans risque que la prison c’est, et ce que cela essaye d’être, ne marche pas, rien que pour cette raison je suis l’une des rares exceptions, qui, malheureusement, confirme la règle.


[*] En master à School of Education and Social Work, Université de Dundee. Membre à Scottish Prisoner Advocacy and Research Collective (SPARC). Contact: scott.j.mcmillan86@gmail.com


[1]Un délinquant non éduqué terme courant écossais pour désigner des « voyous, des rustres et des petits délinquants vêtus d’un jogging dans les images stéréotypés.
[2] Surnom désobligeant donné aux habitants de Glasgow.
[3] Organisation d’éducation qui a son siège à Londres.
[4] L’Écosse est un petit pays avec une population d’environ 5 404 700 habitants faisant du taux d’emprisonnement de 136 prisonniers pour 100 000 habitants un des plus élevé en Europe.

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