Narratives

periferias 4 | école publique: puissainces et défis

photo: Illustration: Juliana Barbosa | illustration: Illustration: Juliana Barbosa

ENSEIGNER LA JOIE D’APPRENDRE

Ondjaki

Le temps passe et le difficile défi de revoir tant notre connaissance que notre moyen de transmettre la connaissance, en tant qu’adultes, parents, professeurs, directeurs, pédagogues, nous fait défaut. Bien plus encore : revoir le lieu et la fonction de l’école, pas seulement comme un lieu d’acquisition et d’accumulation, mais aussi de découverte, de respect, d’improvisation et d’adéquation. 

Quant au respect, ça serait une révision du rôle du professeur, ou de n’importe quel éducateur, sur un pont ouvert entre l’école et la maison, en d’autres termes, entre les professeurs et les parents. Au sein d’un dialogue, non pas à deux, mais à trois côtés: incluant l’enfant ou l’adolescent. Incluant les expériences, les traumatismes, les défis et les peurs et même les apprentissages des trois côtés concernées. Respecter, ainsi, les propositions, mais aussi les rythmes et même les limitations que chacun apporte ou propose. Parce que les êtres humains ont des géographies internes distinctes et non pas formatées qui doivent et peuvent être valorisées en tant que telles. Différent d’un format qui serait celui de la « fabrication ». 

La découverte se rapporte justement à la valorisation des propositions individuelles ou collectives, donnant de l’espace à l’improvisation sociale et à l’adéquation culturelle de chaque lieu. 

L’école de Luanda ne pourra pas être égale ou équivalente à celle de São Paulo ou de Lisbonne. Mais même une école dans le centre de Rio de Janeiro n’est pas confrontée aux mêmes défis qu’une école en périphérie de Rio de Janeiro. Il ne s’agit, ainsi, pas, de chercher « un » modèle. Peut-être que le modèle est le non-modèle et l’ouverture pour une « création locale ». Enfants, parents, éducateurs ; maison, rue et école. 

Repenser le concept de « liberté » n’impliquerait pas l’absence de règles. Il impliquerait, peut-être, d’assumer que l’être humain doit être en marge pour agir et penser. Plus on saura dialoguer et découvrir de nouvelles formes d’enseigner, plus ces marges seront aérées. Tout ne peut être proche des processus obsolètes d’accumulation. L’enfant ne s’identifie déjà plus à ça et rapidement, il rejette le passage d’une connaissance qui ne dialogue pas avec la modernité imposée par le monde qui l’entoure. La liberté implique la révision du concept d’apprendre et d’enseigner. 

L’apprentissage peut, effectivement, se baser sur la connaissance théorique et structurée des livres et de l’actuelle configuration technique de l’enseignement. Mais il doit comprendre également une révision pédagogique, profonde, qui vienne englober, dans la mesure du possible, les nouvelles et actuelles « formes de connaissance ». Certaines de ces « formes » (et formats) ne respectent pas la règle de ce qui a déjà été inventé. Effectivement, il faut les inventer, il faut les découvrir et cela passe par la technologie moderne, par d’autres modes de vivre l’expérience sociale et même sensorielle. Les enfants réagissent au contact direct avec la nature, pas seulement en contact direct avec les livres. La valorisation, par exemple, des expériences familiales pour l’enseignement et pour la prévention de nouvelles problématiques collectives. La valorisation de l’art dans le processus d’apprentissage de contenus théoriques, mais qui se croisent comme des éléments du quotidien des élèves. L’échange d’expériences et de savoirs entre la maison et l’école, entre les parents et les professeurs, entre la communauté et l’institution d’enseignement. Certains de ces exemples constituent un défi pour l’organisation et pour les rythmes de « l’École », mais c’est dans cette révision du rythme institutionnel que je pense que de nouveaux chemins peuvent se trouver.  

Pour finir, et très proche de ce travail qui est en rapport avec l’art et la nature, avec les expériences plus palpables et moins théoriques de chaque noyau familial, il est encore nécessaire d’investir dans un domaine plus subjectif mais qui est disponible et proche de tous : celui de la joie. La joie pure de voir dans l’école et, si possible, dans les professeurs et principalement dans les enfants, la joie « d’être à l’école ». Évidemment, une école avec un environnement agréable et sans coups de feu, une école avec la possibilité de reconstruction non seulement des connaissances que nous avons mais aussi des personnes que nous sommes ou que nous voulons être. La joie d’enseigner et la possibilité (heureuse) d’apprendre, en enseignant à celui qui nous enseigne la joie d’apprendre également. 

En somme, je pense que nous devons assumer le difficile défi de revoir la connaissance que nous prétendons faire passer aux autres, en découvrant une manière plus sensible de faire passer la connaissance en y englobant l’affect.

Traduction
Déborah Spatz

Ondjaki | Angola |

Ondjaki est né en Angola, en 1977. Prosateur et poète, il écrit également pour le cinéma et le théâtre. Il est membre de l’Union des Écrivains Angolais, membre honoraire de l’Association de Poètes Hongrois. Au Brésil, il a reçu les prix FNLIJ (2010, 2013, 2014) ; JABUTI juvénile (2010). Au Portugal, le prix José Saramago (2013). Et le prix Littérature-Monde avec « Les Transparents » [France, 2016].  Il est traduit en français, espagnol, italien, allemand, anglais, serbe, kiswahili, chinois et suédois. Il réécrit des chroniques pour des journaux et, occasionnellement, est professeur d’écriture créative ou de ghostwriter [www.kazukuta.com/ondjaki]. Il a grandi à Luana, il est passé par Lisbonne, a presque habité à New-York et Pékin, il a vécu les pluies de Saint-Jacques-de-Compostelle, a vécu à Laranjeiras (RJ), ne connaît pas Uruguaiana et vit maintenant à Luanda. 

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